L'histoire de Porco Rosso se déroule en Italie à la fin des années 20, alors que les ravages de la Première Guerre mondiale s'estompent à peine. Refusant de devenir un héros de la nation à l'approche d'un nouveau conflit, un pilote hors pair accepte volontairement de subir un mauvais sort qui le transforme en cochon.
À la même période, bon nombre de pilotes désœuvrés ont formé un gang de pirates de l'air pour mieux pouvoir détrousser les riches vacanciers amateurs de croisières nautiques. C'est alors que notre héros, déjà surnommé « Porco Rosso », le « cochon rouge », par tous ses ennemis, décide de devenir chasseur de primes pour subvenir à ses besoins. Avec son hydravion rouge emblématique, il protège les navires des attaques de ces bandits du ciel tout en menant une vie de reclus, passant son temps entre les duels aériens et les soirées à l'hôtel Adriano, tenu par Gina, une amie d’enfance qui l’aime secrètement.
Mais son mode de vie est menacé lorsque les pirates engagent Curtis, un pilote américain ambitieux, pour l’éliminer. Après un combat aérien intense, son avion est gravement endommagé, et il se rend à Milan pour le faire réparer. Là, il rencontre Fio, une jeune ingénieure talentueuse qui l’aide à reconstruire son appareil et qui va jouer un rôle clé dans son aventure. Entre rivalités, aventures aériennes et réflexions sur son passé, Porco Rosso devra faire face à ses ennemis, mais aussi à lui-même.
Porco Rosso est un film que j'ai découvert très tardivement. Je connaissais son existence mais je n'avais bizarrement pas envie de le regarder. C'est la musique qui m'a donné envie finalement. J'ai apprécié mais sans plus au début, mais c'est une oeuvre un peu plus complexe que ce qu'on croit.
J'ai dû m'intéresser à l'analyse pour comprendre ce film. Et depuis je l'apprécie beaucoup plus, je me concentre sur certains détails, certaines scènes qui sont importantes dans le film. Il y a également beaucoup d'humour et de mélancolie dans ce film. Les scènes d'aviation sont incroyables ! Cela vaut le coup de le voir, mon avis a bien changé depuis mon premier visionnage !
Par la peinture de ses personnages masculins, Hayao Miyazaki nous invite à comprendre les faiblesses, les rancœurs, l'arrogance et la résignation sans pour autant juger ceux qui tombent dans le désœuvrement. Au travers de la mélancolie qui imprègne le film, il met en lumière les dérives humaines. Des dérives qui ont transformé un jeune homme plein d'espoirs et d'idéaux en cochon marginal et désabusé. Miyazaki ne nous donne pas d'explications pour cette transformation, il nous laisse libre d'interpréter, selon notre sensibilité et notre vision du récit.
Les circonstances de la transformation de Marco sont celles évoquées dans la scène clef du film où Porco raconte une histoire à Fio pour l'endormir. Le récit donne lieu à l'une des scènes les plus poétiques et émouvantes du film. Dans une bataille lors de la Première Guerre mondiale, Marco perd ses amis aviateurs et frôle lui-même la mort. Il voit, impuissant, les appareils de ses camarades et de ses ennemis monter au ciel rejoindre le cimetière aérien. Un cimetière où s'accumulent à perte de vue des milliers d'épaves d'avions de tous les pays, maintenant unis dans la mort, au point de former une véritable voie lactée. Quelle plus belle image pour dénoncer l'absurdité de la guerre et la folie humaine ?
Marco ne peut pas accepter le sort de son coéquipier Berlini, ami d'enfance qui venait de se marier avec Gina. Il aurait voulu partir à sa place mais le destin en a décidé autrement et l'a rappelé sur terre. Cet épisode tragique peut être considéré comme le tournant de sa vie. Marco remet désormais en question ses valeurs et ses convictions (notamment le fait de tuer et mourir pour son pays). Incapable de résoudre les conflits et les tiraillements dans son esprit, il se transforme en cochon.
Dans diverses interviews, Miyazaki suggère toutefois une autre interprétation. Le cochon décrit dans le film, n'est-ce pas lui, justement ? Un homme d'âge mûr qui rêvait dans sa jeunesse de changer le monde (Miyazaki était marxiste), et qui petit à petit s'est transformé en cochon en se compromettant dans le système. Car si Porco est un être marginal, ce n'est pas plus pour défendre un quelconque idéal, que pour être indépendant et se complaire librement dans son petit confort personnel.
Distinguant une certaine similitude dans le comportement humain et celui du cochon, Miyazaki choisit symboliquement cet animal pour représenter son héros : « Pour les japonais, le cochon est un animal pour lequel on a de l'affection, mais qu'on ne respecte pas. Pour moi, c'est un animal avare, capricieux et qui n'est pas sociable... En termes bouddhistes, il a tous les défauts de l'être humain : il est égoïste, fait tout ce qu'il ne faut pas faire, jouit de sa liberté. Il nous ressemble beaucoup ! ». Le cochon convient donc parfaitement au personnage de Marco : un pilote solitaire et marginal qui ne veut pas faire la guerre et tuer mais qui se complaît dans l'illégalité et les grosses primes !
Pourtant à force de vivre en se fermant aux autres, on ressent finalement de la solitude et du regret. Porco est une véritable métaphore de la condition humaine, selon Miyazaki : « ce film s'adresse à un public large mais aussi aux hommes d'âge mûr, qui, jeunes, rêvaient d'une vie pure, mais qui, progressivement, insensiblement, se sont transformés en « cochons » à force de travailler comme des fous. Eux qui, au nom des grands principes, luttaient contre le matérialisme et le mercantilisme, jouissent désormais de la société d'hyper-consommation. »
Par ce film -grâce notamment à ses personnages féminins-, Hayao Miyazaki veut leur redonner du courage, leur dire que rien n'est perdu et que cela vaut encore la peine de croire en l'humanité. Dans les magnifiques portraits de femmes, le maître nous donnent deux rôles que toute actrice rêverait d'interpréter, deux femmes séparées par les années mais qui seront unies dans une compréhension mutuelle et une amitié profonde et sincère. Gina, en particulier, mérite de figurer parmi les grandes héroïnes romantiques du cinéma. C'est une dame magnifique, pas une simple diva. Elle possède à la fois le glamour d'une star et la nonchalance si naturelle qui caractérise les grandes dames de ce monde. Mais elle a surtout la force et la profondeur d'une personne qui a souffert. Comment ne pas ressentir de la compassion pour cette femme qui vit en même temps dans le regret et dans l'attente ?
Le deuxième grand rôle féminin est celui de Fio. On retrouve là la foi de Miyazaki et son espoir en la jeunesse. Car si Gina est sans conteste l'aspect glamour de la femme, elle reste cependant impuissante devant le comportement misanthrope de Marco. Fio est la seule qui percera la carapace du cochon désabusé. Ainsi, on peut voir dans la réparation du Savoia S.21 une véritable métaphore. Comme avec l'avion cabossé, usé et en piteux état, Fio va « réparer » Porco, lui redonner peu à peu sa part d'humanité. C'est à elle que Porco confie d'ailleurs son histoire poignante, lorsqu'il évoque le cimetière d'avions. Par ce souvenir, le spectateur découvre Marco derrière Porco, l'humain derrière le cochon. Fio est une véritable cure de jouvence pour notre pourceau, la seule qui peut finalement attendrir véritablement Porco par son innocence et sa passion spontanée, et lui rappeler donc qu'il est un homme.
Contrairement à Gina, qui attend un geste de Marco, Fio est impulsive et spontanée, véritable incarnation de la jeunesse fougueuse. C'est donc elle qui vole le baiser final de Porco et non Gina... A-t-elle réussi à libérer le cochon de son sortilège ? Rien n'est clairement dit ou montré, même si la scène peut évoquer dans notre imaginaire celle de la princesse embrassant son crapaud, se transformant en beau prince. Mais Miyazaki a l'intelligence de ne rien montrer, laissant l'imagination de chacun faire le reste...
Porco Rosso est un film aux apparences légères qui soulève des questions adultes -la place de la femme dans la société, la relation entre les sexes, les souffrances qu'engendre la guerre, la remise en question de ses valeurs et de ses idéaux. Encore une fois, Miyazaki fait appel à notre cœur d'enfant pour nous faire partager, tout en nous divertissant, ses observations sur la société et la nature humaine.